LE SCANDALE DES DROITS DE L’HOMME
J’ai déjà maintes fois abordé la problématique
des droits de l’homme. Elle me paraît suffisamment importante pour la
reprendre comme une des idées les plus pernicieuses qui soit jamais
sortie du cerveau humain durant ces trois derniers siècles. Parler des
droits de l’homme, c’est non seulement parler d’une déviation de
l’esprit, mais c’est aussi mettre en avant les graves conséquences
qu’entraînent les idéologies ou les théories irresponsables qui ont
abouti à l’exaltation des prétendus droits de l’homme.
D’abord, une première constatation. Il faut en
finir avec ce bobard qui consiste à dire que la France est le pays des
droits de l’homme. C’est historiquement faux ; les chartes ou
déclarations des droits de l’homme sont britanniques et américaines.
À l’origine de la Déclaration française des droits de l’homme et
du citoyen de 1789, deux américains, Jefferson et Franklin, qui s’inspirèrent
de la déclaration des droits de L’État de Virginie de 1776 pour
rédiger la déclaration d’Indépendance des États-Unis, et les dix
premiers amendements de la Constitution américaine… Hasard des
circonstances ou calcul prémédité, ils étaient présents en France
lors de la proclamation des droits de l’homme et du citoyen, dont ils
furent les initiateurs. Quand on s’appelle Jefferson et Franklin, les
pères fondateurs de la nation américaine (et non de la
République !), on ne traverse pas l’Atlantique, à cette
époque, pour flâner sur les bords de Seine : Jefferson est resté
cinq ans en France à titre d’ambassadeur plénipotentiaire. Il faut
savoir que le principe des déclarations en tous genres est d’origine
maçonnique. Non seulement la France a copié les déclarations
américaines, mais la Révolution française s’est largement inspirée
de la Révolution américaine dont elle a repris nombre de ses symboles
maçonniques. Révolution américaine et Révolution française n’ont
pas eu les mêmes effets, ni les mêmes conséquences. Et depuis ces
premières déclarations, l’humanité entière, prise d’une
frénésie déclaratoire quasi-pathologique, s’est mise à concocter
des déclarations et des chartes tous azimuts, à peu près pour tout et
n’importe quoi. Le monde entier croule sous les déclarations ;
même les dictateurs se payent le luxe de s’octroyer à bon compte des
déclarations de ceci ou de cela, pour faire
" humain " ; c’est simple, il n’y a même
pas besoin de réfléchir, ne cherchez pas : l’homme, qui a
désormais remplacé Dieu, a TOUS LES DROITS. Ce nouveau dieu de l’humanité,
fût-il érigé au pinacle du genre humain et objet de la dévotion
universelle, n’en est pas moins créature vulnérable avec tous ses
défauts ; et si l’on s’en tient au contenu de la charte
onusienne, il aurait plutôt tendance à glisser de sa nature humaine
potentielle à celle d’un homme en voie de sous-hominisation.
On va donc s’intéresser, ici plus
particulièrement, à cette Déclaration universelle des droits de l’homme
de l’ONU, actuellement la plus répandue, donc officiellement reconnue
par l’ensemble des États membres du Machin (les États, non les
Nations). Je me suis déjà posé la question à son sujet : de
quel droit, de quel pouvoir supérieur dont ils seraient les
dépositaires agrées, des gens qui n’ont pas plus d’autorité que
vous et moi, et qui en ont moins que vous et moi, puisque ce sont des
fonctionnaires fussent-ils internationaux, c’est-à-dire des gens
théoriquement assujettis à votre pouvoir souverain de citoyen, se
permettent-ils de décider, de manière arbitraire, de ce que doivent
être les droits humains ? Qui sont-ils et qu’ont-ils plus que d’autres,
alors qu’à part l’avocat israélite René Cassin et Eleanor
Roosevelt qui présida la commission chargée de rédiger la
Déclaration, ils sont pour la plupart inconnus du public ? Et n’aurait-il
pas fallu soumettre ces prétendus droits de l’homme à l’assentiment
des peuples avant de les leur imposer ?
D’autre part, examinons ces
" droits ". Je l’ai dit plus haut, l’homme a
tous les droits en naissant : " Toute personne a le droit
de… " ; elle n’a même pas à se justifier d’avoir
un effort à faire pour vivre ; le mot devoir n’apparaît pas,
sauf à la fin, vite fait à la sauvette, pour dire qu’on en a parlé.
Bref, dès la naissance, l’homme a tous les droits mais aucun
devoir : la belle vie en perspective. En perspective seulement et
en trompe l’œil. Toute personne a le droit de…, mais toute personne
devrait avoir le devoir de…, bien que droits et devoirs ne soient pas
symétriques. C’est un renversement complet de la morale fondamentale
qui vise à déposséder à titre individuel l’homme de ses
responsabilités pour les transférer au collectif, en l’occurrence l’État,
et de l’affranchir de son obligation morale d’assumer ses
responsabilités de citoyen. Ils appellent cela la liberté, alors que c’est
une incitation criminelle à se défausser de toutes formes d’engagement
responsable en tant que créature humaine.
La question du devoir est donc centrale et vitale
pour la société. C’est elle qui gouverne l’ensemble des hommes
civilisés, indépendamment de toute loi et de toute autre obligation
légale ou coercitive. La notion de devoir est un pur état de
conscience ; sa fonction est proportionnelle au niveau de
hiérarchie sociale ou privée de chacun ; celle de l’être le
plus bas dans l’ordre la hiérarchie humaine n’est pas exempt de
devoirs, tandis que celui qui est le plus haut les a tous en proportion
de l’étendue de ses responsabilités, puisque le sort d’autres
individus sous lui dépend de sa capacité, voire de sa ferme
résolution à les assumer. Et il a en plus le devoir d’exemple. Mais
si le devoir se comprend comme une redistribution en cascade de la
responsabilité individuelle, il se comprend aussi comme une volonté
motrice qui s’étend du plus proche au plus lointain, et se répand
comme une houle concentrique dont l’amplitude s’élargit avec l’éloignement.
Si la notion de devoirs était plus présente dans l’esprit des hommes
qui gouvernent le monde, nous ne connaîtrions pas les drames qu’à
vécu, que vit ou que s’apprête à vivre l’humanité. Ce n’est
pas un hasard si depuis la proclamation des premières déclarations des
droits de l’homme, l’humanité n’a pas cessé de s’enliser dans
des guerres, la guerre moderne, qu’elles soient civiles ou
militaires ; il est également symptomatique de constater que dès
qu’elle a été proclamée, la déclaration française des droits de l’homme
a été aussitôt mise sous le boisseau et prise à contre-pied par les
révolutionnaires de 1789 et la suite ; des historiens ont pu montrer que les dix-sept
articles de la Déclaration ont été systématiquement bafoués par
ceux-là même qui s’en réclamaient, à commencer par les Jacobins et
leurs héritiers, les républicains… Les puissants savent que les
termes de la plupart des déclarations sont des vœux pieux qui n’engagent
personne, surtout pas leur conscience ; ce qui les rend libre d’agir
comme ils veulent, et de compatir assez misérablement en se rangeant
hypocritement sous la bannière des grands principes, comme l’on fait
sans ciller les communistes durant la Guerre froide… Les théoriciens
au fil du temps, croyant s’échapper de la dure loi du réel, n’ont
fait que disserter sur l’Utopie, c’est-à-dire sur leur propre
néant ; ils ont construit des édifices factices, des décors en
toc, en trompe-l’œil, ils les ont bourrés de fausses fenêtres qu’ils
croyaient ouvrir sur la liberté : ils n’ont fait que précipiter
les innocents sur l’impitoyable mur des réalités, devant lesquels
les plus faibles ne se sont jamais relevés.
Depuis plus de trois siècles, sous l’influence
pernicieuse de la philosophie des Lumières, l’humanité a opéré un
formidablement renversement des valeurs, dont les conséquences ultimes
à travers les âges aboutit à ce qui était prévisible d’avance :
l’humanité a été rabaissée à son niveau d’humanité le plus
bas, et jamais elle aura été aussi proche d’atteindre à la
dictature universelle : ce qu’on appelle le Nouvel Ordre Mondial.
Les clercs de ce Moyen âge qu’on a jamais cessé d’assimiler au
règne de l’obscurantisme, ne seraient jamais tombés dans le piège
des " Lumières ". Les mots ont été galvaudés et
détournés de leur sens originel, si bien qu’on en est à leur faire
dire le contraire de ce qu’ils disent : ainsi en est-il des mots
tolérance et liberté ; la tolérance, prérogative de l’autorité,
est devenue par glissement de sens synonyme de lâcheté ; la
liberté, synonyme de responsabilité, a dérapé de même pour
désigner aujourd’hui le comble de l’irresponsabilité ; quant
à l’égalité, au sommet de la ternarité républicaine, elle ne
désigne plus la justice distributive ou commutative, ou mathématique
et géométrique, elle impose le nivellement par la médiocrité et l’impuissance
à être. L’intelligentsia républicaine a fait des droits de l’homme
un nouveau credo laïque, avec son culte, son clergé et sa liturgie, en
les appuyant sur ce qui est à leurs yeux le summum de l’évolution
humaine : la liberté, la tolérance, l’égalité. Elle s’est
trompée sur toute la ligne : il n’y a que les esclaves et les
irresponsables qui réclament des droits.
Dans les faits on peut mesurer concrètement l’influence
de l’idéologie des droits de l’homme sur le fonctionnement de
la société et ses répercussions sur notre vie de tous les
jours : des grandes orientations politiques comme l’immigration,
la levée des frontières, la suppression de la peine de mort, sont
redevables des droits de l’homme (il n’y a pas de droits des
victimes de l’homme, je veux dire pas de déclaration
solennelle) ; la justice ultime est actuellement placée sous le
sceau des droits de l’homme : Cour européenne des droits de l’homme ;
et au nom de ces mêmes droits de l’homme, on peut tout se permettre
et défendre toutes les causes, même les mauvaises… On a vu des
prostituées invoquer les droits de l’homme pour défendre leur
tapin ; ce ne sont certainement pas les macs qui y verront un
inconvénient ; les droits de l’homme, ils ont toutes les raisons
de les encadrer au pied de leur lit : le mot
" femme " en est exclu. Dans l’humanitaire,
au nom des mêmes droits, on se permet d’arracher des enfants du
Tiers-monde à leur pays, voire à leurs familles, pour les diriger vers
des pays nantis, en général la France, éternelle bonne poire,
éternelle bonne pomme… On ne juge plus au nom de la raison et de la
morale qui font le Droit, mais — rabaissement de la civilisation —
on juge désormais au nom des bons sentiments et des bonnes intentions
qui, on le sait, goudronnent l’enfer ; du même coup, on peut à
peu près tout dire et faire n’importe quoi, soutenir n’importe
quelle fadaise, aller jusqu’au bout de son irresponsabilité, du
moment que cela vient du cœur ; angélisme gâteux, niaiserie
balourde, bêtise prétentieuse, ignorance coupable, sentiments
primaires facilement manipulables, largement exploités par ceux qui ont
compris que pour tenir l’humanité, il ne fallait pas l’attaquer au
cerveau, c’est trop demander, mais la tirer vers le bas, si possible
au-dessous de la ceinture, pour l’empêcher de s’élever. La presse
à scandales dite presse people dont se délecte l’énorme
masse populaire de décérébrés vivaces, relève de cette
démarche ; jusqu’à l’Église catholique qui bêtifient et
ânonne au nom des droits de l’homme depuis Vatican II, après avoir
oublié, voire rejeté, les fondamentaux du christianisme ; jusqu’aux
communistes, lesquels, on le sait, en connaissent un rayon en matière
de droits de l’homme : des vrais spécialistes qui ont
appris à les mettre en pratique dans les goulags. Ne parlons même pas
des fameuses et très contestées ONG et des associations
subventionnées… Au moment où j’écris ces lignes, une ONG
française a fait scandale en détournant une centaine d’enfants
d’un conflit majeur secouant le Soudan, pour les héberger en
France ; les conditions de déplacement de ces enfants, exfiltrés
soit disant pour leur bien et dans on ne sait trop quelles conditions, a
provoqué une bronca internationale, et soulevé de graves problèmes
éthiques et juridiques auxquels se sont jointes des complications
diplomatiques ; parmi les familles accueillantes ou adoptantes, une
femme a qui on faisait remarquer qu’elle ne respectait pas la loi,
répondit : " mais il y a les droits de l’homme ".
Fermez le ban. Quand on a prononcé l’expression " droits de
l’homme ", il ne reste plus qu’à se taire et à tirer le
rideau : il n’y a plus rien à dire.
Il ne faut pas confondre devoir et obligations… Le
devoir dépend d’une libre décision, d’un acte volontaire de l’individu
décidé à l’accomplir ou non ; cette décision relève de son
libre arbitre, et c’est bien cette capacité à décider, parfois
contre son propre intérêt, qui fait l’homme responsable, c’est-à-dire
l’homme libre. L’obligation, elle, obéit à des règles ou à la
loi ; son accomplissement, assorti de sanctions, est un impératif.
Accomplir une obligation n’est pas une action relevant de la
conscience morale, mais de l’obéissance… On voit donc l’importance
de la notion de devoir, par rapport à soi, à sa famille, à son
travail, à son pays, à la communauté en général ; il est
réciproque, et en retour, il y a le devoir collectif de la famille, de
l’entreprise, de la nation à l’égard de l’individu. En tout
état de cause, le devoir ne saurait se confondre avec les droits de l’homme ;
agir en faveur des " droits de l’homme ", relève
davantage d’un choix idéologique que d’une décision inspirée par
la pitié humaine ou une de ses manifestations dénaturées.
L’humanité court au désastre parce qu’elle s’est
trompée sur le sens des mots, sur l’interprétation à leur donner
— ceux-là et bien d’autres ; le phénomène d’inversion des
valeurs court son erre, et poursuit comme si de rien n’était son
travail de sape des sociétés humaine ; pire, il approfondit
chaque jour un peu plus son œuvre de destruction du genre humain.
Redresser la situation implique de revenir à des conceptions saines de
la morale universelle, telle que l’expérience humaine l’a déduite
de la conduite des hommes au cours des âges. Que ce soit la morale
chrétienne ou la morale philosophique qui se recoupent sur les mêmes
constats, elles s’appuient toutes deux, quant aux œuvres d’ici-bas,
sur le même pivot axial fondateur de l’édifice : le
devoir ; opérer un retournement visant à ordonner le principe
moral autour des devoirs et non autour des droits, c’est rétablir les
valeurs dans leur légitimité et leur redonner tout leur sens ;
aussi est-il urgent et fondamental de recentrer les valeurs humaines sur
la notion fondamentale de devoir, et d’en faire la véritable charte
civique de l’humanité ; quant à la notion de droits de l’homme,
on aura compris qu’elle est devenue la charte du Nouvel Ordre Mondial,
celle de la collectivisation de la soumission universelle : on vous
garantit tous les droits que vous voulez, mais en contrepartie vous
aliénez votre liberté à notre pouvoir, à notre autorité
supérieure ; autrement dit, on vous protège et on vous fait payer
le prix de la protection, comme sous le régime féodal, comme dans le
régime soviétique.
Jean-Louis Omer
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